Le lundi 7 octobre 2024, nous avons tous été saisis par la vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, d’une dame congolaise. Son message : je suis sans nouvelles de ma fille Alexandra, 21 ans, étudiante à Trois-Rivières, depuis le mercredi 2 octobre. Aidez-moi à la retrouver, s’il vous plaît.
Les réseaux sociaux aidant, la nouvelle a pris de l’ampleur, et la police s’est impliquée. Les recherches ont continué jusqu’à l’annonce, le mardi 8 octobre, qu’un corps avait été retrouvé dans le fleuve par un kayakiste et qu’il s’agirait du corps de la jeune fille disparue, la Congolaise Alexandra. Cette information a plongé toute la communauté africaine dans une profonde douleur et, au-delà, dans une inquiétude soulevant plusieurs interrogations dont, malheureusement, la plupart resteront sans réponse, à jamais.
Par-delà tous ces sentiments mitigés, c’est toute une génération de mères africaines, de pères africains et de jeunes africains qui se demandent si le Canada est toujours un pays sûr.
En effet, l’idée d’un pays sûr où l’on peut envoyer ses enfants a toujours séduit les parents, les poussant à investir des sommes faramineuses pour l’éducation de leurs enfants au Canada. Toutefois, l’actualité nous apprend que, dernièrement, la sécurité n’est pas ce dont ont bénéficié plusieurs étudiants étrangers ici. Dans le même contexte que la mort d’Alexandra, deux étudiants de Moncton ont aussi trouvé la mort ; un autre a été assassiné à Toronto lors d’une fusillade. Paix à leurs âmes!
Devant toutes ces scènes lugubres, induisant peine, stupeur et désolation, il y a lieu de se questionner sur des inquiétudes réelles :
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- – Les étudiants étrangers sont-ils toujours en sécurité ici, au Canada ?
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- – Ces pertes en vies humaines sont-elles le fruit du hasard ou seraient-elles le résultat d’une machination ?
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- – S’agit-il d’une forme voilée de racisme systémique ?
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- – Pourquoi les enquêtes ne sont-elles pas toujours poussées jusqu’à l’élucidation claire et objective des circonstances entourant les décès ?
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- – Et, par extrapolation, nous, Afro descendants, de façon générale, sommes-nous toujours les bienvenus ici, en terre canadienne ?
Ces questions, ainsi libellées, représentent un fardeau émotionnel et psychologique que certains jeunes doivent porter chaque jour, soit en se promenant sur leur campus, en allant faire du jogging dans les environs des
universités ou simplement en prenant l’ascenseur.
On est également en droit de se demander si la presse canadienne prend réellement au sérieux ce problème sociétal. En effet, au lendemain de l’histoire d’Alexandra, j’apprenais sur un média dont je tais le nom que le nombre d’abonnés de la page Facebook de la police de Trois-Rivières est passé de 11 000 à 15 000.
J’étais littéralement interloqué. Je me suis dit : « Avec la perte d’une vie humaine et l’inquiétude de toute une génération de parents et d’étudiants, ce que vous trouvez de plus édifiant à mentionner, c’est le nombre d’abonnés sur une page Facebook ? » En toute honnêteté, c’est révélateur de la considération qui est accordée à ce sujet.
En tout état de cause, les pertes en vies humaines que l’on dénote dans la communauté afro canadienne, en plus des problèmes habituels que rencontrent les étudiants en termes de finances, de recherche de logement et d’emploi, et de stabilité émotionnelle, ainsi que l’incertitude liée aux documents d’immigration, ont fini par jeter un discrédit profond sur le Canada.
En somme, on traverse une phase de brisure d’un imaginaire afro canadien. Ce rêve que l’on se faisait du Canada ne cesse de s’étioler, cédant le terrain à l’enracinement d’une appréhension profonde au sujet des conditions de vie des jeunes étudiants au Canada. Même si les demandes d’admission et de permis d’études continuent d’affluer, il urge d’y trouver une solution durable en renforçant davantage la sécurité des jeunes afro descendants à l’échelle du pays. Sinon, nous finirons par bâtir une société avec des blessures si profondes et des clivages si prononcés que nous ne pourrons pas réussir le pari de la construction d’une société juste, libre, équitable, pacifique et prospère où il fera bon vivre.
M. Z.

