Nous avons tous, au moins une fois, entendu cette question : « Qui de l’œuf ou de la poule est venu en premier ? » car, en fait, il faut une poule pour faire un œuf et il faut un œuf pour donner un poussin qui sera plus tard une poule ou un coq. Il en est fait mention pour la première fois dans le Milindapañha.
Toutefois, la question, aussi banale soit-elle, est intéressante et creuse l’esprit. Et c’est le genre d’exercice intellectuel auquel on ne finit jamais par trouver une réponse faisant l’unanimité.
Si vous répondez que c’est l’œuf, on vous demandera d’où vient le premier œuf, sinon d’une poule ? Et si, par contre, vous répondez que c’est la poule, on vous dira comment une poule apparaît ex nihilo, sans passer par l’étape de l’œuf et du poussin.
Même si la science semble avoir tranché le dilemme aujourd’hui, arguant qu’il s’agit de l’œuf, bonne chance dans ce débat !
Maintenant, lorsque nous transposons ce débat en amour, qu’est-ce que cela donne ?
Madame demande que monsieur lui fasse des compliments avant qu’elle ne s’habille coquettement. Parallèlement, monsieur s’attend à ce que madame soit coquette avant qu’il ne lui fasse des compliments.
Madame demande que monsieur lui donne de l’argent pour qu’elle finisse par s’ouvrir à lui. Monsieur s’attend à ce que madame s’ouvre à lui avant qu’il ne la couvre d’argent et ne l’entretienne.
Madame demande que monsieur puisse la rassurer continuellement pour que la relation puisse continuer. Parallèlement, monsieur s’attend à ce que madame voie déjà de la réassurance dans sa manière de communiquer avec elle.
Et l’on peut multiplier les exemples.
Dans tous les cas, la situation est telle que l’un attend quelque chose de l’autre qui, en même temps, attend autre chose du premier afin de lui donner ce qu’il veut. À terme, on se trouve dans une impasse : qui doit céder ? Qui doit être le premier ? Qui doit ravaler sa fierté ? Qui doit mettre de côté son égoïsme ?
Certains s’offusqueront de l’emploi du terme « égoïsme » ici. Néanmoins, ce n’est pas un hasard, car c’est bien l’égoïsme qui nous pousse à nous accrocher à un bout de ficelle qui, une fois lâché, nous procure toute la félicité désirée.
Et lorsque nous mettons l’égoïsme de côté, il faut signaler que chacun devrait vivre selon ce qui le rejoint réellement.
En d’autres termes, si faire des compliments à madame te fait plaisir, il est important de trouver soi-même des raisons de complimenter madame. Et cela, sans attendre que madame soit vêtue de la plus fine manière possible. On peut sincèrement trouver un aspect à complimenter en toute chose.
De l’autre côté, si ce qui réjouit réellement madame est de s’habiller coquettement, nul besoin d’attendre que monsieur perçoive cela et la complimente d’abord. Plus loin, madame ne devrait même pas se lasser à la longue que monsieur ne remarque pas les efforts qu’elle fait. En réalité, le but est de se sentir bien dans ses vêtements et non de recueillir des compliments lorsqu’on s’habille bien.
Si monsieur trouve du plaisir à être généreux, il doit pouvoir donner sans s’attendre à ce que madame lui offre des faveurs en retour. Et si monsieur intéresse madame et qu’elle voudrait se donner à lui, le fait que monsieur ne la couvre pas de cadeaux ne devrait pas constituer un obstacle, non plus.
En somme, la stratégie qui permet de contourner la difficulté de « qui de l’œuf ou de la poule » en amour consiste à faire ce qui réjouit « sans rien attendre en retour » et qu’advienne que pourra.
Que celui qui veut aimer aime sans rien attendre en retour.
Que celle qui veut se pomponner se pomponne sans rien attendre en retour.
Que celui qui veut être généreux soit généreux sans rien attendre en retour.
Que celui qui veut accorder sa confiance accorde sa confiance sans rien attendre en retour.
Que celui qui veut faire l’amour fasse l’amour sans rien attendre en retour.
Etc.
Plus facile à dire qu’à faire, n’est-ce pas ?
M. Z.

