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QUAND LE MASQUE DU MARIAGE DEVIENT UN LINCEUL…

Doit-on habiller le vilain ?

Dans bien des foyers, un lourd silence se tisse. Un silence cousu de justifications, de secrets, de mensonges pieux : « Il a eu une mauvaise journée… », « C’est pas son caractère… », « Ça va s’arranger… ». Et derrière ces phrases, il y a souvent un visage tuméfié, une peur diffuse, une vie qui se rétracte. Faut-il alors habiller le vilain ? En d’autres termes, faut-il cacher les actes condamnables ?

Nombreuses sont les femmes — et parfois les hommes — qui dissimulent les violences de leur conjoint. Par honte, par peur, par loyauté mal placée, par l’espoir que « ça passe ». On camoufle les ecchymoses. On invente des excuses. On préserve les apparences parce que le poids du regard des autres semble insupportable.

Dissimuler les actes répréhensibles, c’est les enrober de beaux artifices sociétaux et de tissus sociaux. C’est dire « Mon mari n’est pas si mauvais… ». C’est protéger son image auprès de la famille, des amis, de l’église, du voisinage. C’est maintenir une façade où tout semble normal. Mais derrière la façade, la maison brûle.

Habiller le vilain, c’est s’envelopper de chaînes invisibles, prendre sur soi une honte qui ne nous appartient pas. C’est endosser un rôle de bouclier, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à parfois y laisser sa santé, sa dignité… voire sa vie. Le silence protège rarement la victime. Il protège surtout l’agresseur, lui offrant un terrain sans résistance où il continue, sans craindre les conséquences. Chaque mensonge, chaque excuse, chaque silence devient un voile de plus sur ses violences. Et quand la vérité finit par éclater — car elle éclate toujours — il est souvent trop tard : le corps est marqué, l’âme brisée, parfois la vie s’en est allée.

Pourtant, silencieuses ou pas, ces violences tiennent aussi de ceux qui regardent ailleurs : témoins, amis, collègues, voisins. Combien préfèrent croire aux excuses, se dire que « Ce n’est pas leur affaire » ? Habiller le vilain, c’est aussi laisser faire, fermer les yeux, ignorer les signes. Alors qu’un simple mot, une main tendue, une écoute sincère peuvent ouvrir une brèche et permettre d’entrevoir une issue.

La question devient vitale : vaut-il mieux préserver l’image d’un mariage ou protéger sa vie ? Protéger la réputation d’un violent ou assurer la vie de ses enfants, son avenir, sa dignité ? L’amour véritable ne saurait en aucun cas tolérer la violence, qu’elle soit physique ou psychologique. Le mariage ne doit pas être perçu comme une prison. De plus, la loyauté ne devrait jamais être assimilée à la complicité.

Dire la vérité, dénoncer, partir si cela s’avère nécessaire, ce n’est pas trahir. C’est choisir de vivre, refuser de s’éteindre à petit feu sous prétexte de préserver un masque social. Il faut briser les façades car c’est derrière elles que la violence prospère. Ce n’est pas simple. Cela exige du courage, parfois une aide extérieure ou encore un soutien professionnel. Mais c’est un choix de vie, au sens le plus concret du terme.

Tu n’es pas seul.e. Il existe des ressources pour t’accompagner. Au Canada, tu peux joindre la ligne Fem’aide au 1-866-863-7868 ou par message texte au 1-866-863-0003. Québec offre une aide téléphonique disponible 24 h/24 avec SOS violence conjugale, au 1-800-363-9010.

Au Togo, plusieurs dispositifs peuvent aider. Le numéro vert 1014, lancé par le Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile, fonctionne 24 h/24, 7 j/7, pour signaler les cas de viol ou de tentative de viol en toute confidentialité. Les appels sont dirigés vers les forces de l’ordre pour une prise en charge rapide.

Le Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D) propose un accompagnement par téléphone et WhatsApp, accessible du lundi au vendredi, de 8 h à 17 h 30, pour les situations de violence conjugale, traumatisme, abus sexuel, grossesse, entre autres. Le gouvernement met aussi à disposition des lignes vertes comme le 8284 (violences basées sur le genre), le 8255 (milieu scolaire) et le 1011 (protection des enfants), ainsi que des centres intégrés « One Stop Center » pour une prise en charge holistique — juridique, médicale et psychosociale.

À l’international, l’Organisation des Nations Unies (ONU) recense des lignes d’écoute locales selon les pays. C’est une ressource précieuse pour toute personne en difficulté hors de chez elle.

Au bout du chemin, une seule chose importe : rester en vie, retrouver sa dignité, affirmer que personne ne mérite d’être maltraité, humilié ou anéanti, même « pour sauver les apparences ». Habiller le vilain, c’est abandonner la lumière. Déshabiller le vilain, c’est choisir la lumière, même si elle fait mal, même si elle fissure les certitudes, même si tout doit brûler pour renaître. La violence ne doit jamais être couverte. Couvrir le coupable, c’est condamner la victime.

Alors pose-toi la vraie question : veux-tu sauver ton mariage… ou ta vie ? Et si tu n’es pas la victime, mais un témoin : veux-tu détourner le regard… ou tendre la main ?

M. Z.

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