Screenshot_20251201_212204_Maps

QUE DEVIENDRA TON PROJET DANS 100 ANS ?

Lors d’un voyage récent en Ontario, au volant de ma Bronco, j’apercevais plusieurs cabanes délabrées, des maisons abandonnées, des fermes désertes et des résidences vieilles et délaissées.

Ce décor, plus ou moins fascinant au début, a fini par me plonger dans une réflexion profonde.

D’abord, cette réflexion a débuté par une réalisation évidente, presque une lapalissade : tout ce que je voyais ce jour-là, vieillot, désuet et abandonné, avait jadis été neuf. En fait, avant même que ce ne soit une construction sur le terrain, cela avait germé dans l’esprit d’un humain.

Ensuite, nous connaissons tous le processus qui mène de l’état d’idée à celui de matérialisation. J’ai alors commencé à imaginer le temps, le travail, l’argent, les sacrifices, les frustrations et parfois les prêts qui avaient précédé chacune de ces réalisations. En regardant une maison abandonnée, je me suis représenté le nombre de maçons qui y avaient travaillé. Les plombiers, les menuisiers, les électriciens et autres spécialistes qui avaient trimé pour en faire une maison viable.

J’ai ensuite imaginé le propriétaire passant à la banque pour des prêts, chez le notaire pour l’acte de propriété et ce même propriétaire consacrant la majeure partie de son revenu au remboursement de cette hypothèque.

J’ai également imaginé la joie qu’a ressentie cette famille en intégrant cette maison ou encore le regard éberlué de ce fermier profondément satisfait de sa cabane qu’il venait de monter avec quelques confrères, suite à un travail de longue haleine.

Après cette longue introspection, je suis revenu au volant de ma voiture pour constater l’état désolant de ces réalisations ce jour-là.

En effet, ces constructions qui ont fait la fierté de certaines âmes, il y a bien des années, ne sont plus aujourd’hui que des vestiges sur lesquels la nature a repris ses droits.

Cette constatation m’a profondément perturbé sur les plans écologique et humain.

Sur le plan écologique, l’évidence est que, peu importe le temps que l’on consacrera à faire reculer la nature, tôt ou tard, elle finira par reprendre ses droits. Nous ne sommes que des visiteurs d’une terre que nous croyons maîtriser, au regard de nos avancées technologiques, de nos connaissances et de notre présence sur tous les continents connus de la planète.

Quand nous poussons plus loin la réflexion, le choc est pénétrant : la durée de vie d’un être humain dépasse rarement cent ans, notre espèce n’a que 300 000 ans, tandis que la planète sur laquelle nous vivons a, quant à elle, 4,54 milliards d’années.

Sur le plan humain, la certitude qui saisit l’âme est que, peu importe la quantité et la qualité de ce que nous investirons ou sacrifierons pour réaliser ou posséder quoi que ce soit, le temps finira par avoir raison de nous.

Cette réalisation devrait suffire à contenir toutes les peines, les craintes et les blessures que nous nourrissons au fond de nous. En effet, pourquoi souffrir tant, donner tant, se sacrifier tant si, au final, tout ce à quoi nous aurons consacré notre vie finira, au pire, oublié et délaissé, au mieux, antique ?

Dans tous les cas, il y a un aspect profondément symbolique qu’il ne faut pas occulter : nous ne bâtissons pas nécessairement pour traverser les siècles. Les œuvres humaines répondent d’abord à un besoin. Dans l’exemple de cette maison, il ne s’agissait pas de créer une forteresse pour mille ans, mais un foyer pour y abriter une famille. La satisfaction, la joie et le sens du devoir accompli qu’a ressentis ce père n’ont pas de prix.

La ferme dont je parlais n’avait pas vocation à devenir éternelle non plus : elle devait offrir un cadre pour travailler, abriter le bétail, nourrir une famille. Y avoir vécu, travaillé et transmis cette terre à une descendance constitue déjà une réussite profonde pour ce fermier.

Et c’est peut-être là la vérité que nous oublions trop souvent : les œuvres passent, les murs s’effritent, les années effacent nos traces. Mais ce qui reste vraiment – et ce qui façonne une vie heureuse – ce sont les joies ressenties en chemin, les souvenirs forgés, les plaisirs vécus dans l’instant. Non pas l’accumulation de biens qui finira par nous survivre, mais la qualité de l’existence que nous avons habitée.

Alors peut-être que le vrai drame n’est pas que nos œuvres disparaissent, mais que nous vivions comme si elles devaient nous survivre. Car nos maisons s’effondrent, nos projets s’éteignent et la nature finit toujours par reprendre ce que nous lui avons pris. En fait, nos efforts auront-ils un écho dans 100 ans ?

Et si, au fond, le seul héritage n’était pas la trace que nous laissons sur le monde, mais l’empreinte que le monde laisse en nous ?

Quand la pierre sera tombée, le bois se sera effrité, la mousse aura recouvert les murs et que les souvenirs se seront mêlés au vent, il ne restera qu’une seule question :

Avons-nous aimé, vécu et habité cette vie avec assez d’intensité pour ne pas passer ici pour rien ?

Je la laisse à l’appréciation de tout un chacun.

M. Z.

Pour voir ce qu'était cette résidence, recherchez sur Google le 258 Kitley South Elmsley Townline Rd, Lombardy, ON K7A 4S5, Canada

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *